Un nouvel centre de recherche sur les maladies émergentes à Paris

Sur une estrade, un pupitre blanc. Derrière ce blanc immaculé, deux drapeaux dont un français et un européen. Devant l’estrade, la foule habillée en noir sauf les hôtesses d’accueil qui arborent à l’épaule une bande de tissu vert pomme (cravate verte pour les hommes). Va-et-vient des agents de sécurité, va-et-vient des invités, poignées de main, sourires et amabilités échangés. Mouvement giratoire des caméras, écrans géants, badges de presse. Les gens s’assoient, rumeurs. Effervescence, bousculade des appareils photos, flashs, les gens se lèvent. Silence respectueux. Les gens s’assoient à nouveau, ils écoutent.

Ainsi commence, en ce jour du 14 novembre 2012, l’inauguration du nouveau centre de recherche de l’Institut Pasteur dédié à l’étude des maladies émergentes, en présence de François Hollande (Président de la République), Alice Dautry (directrice générale de l’Institut Pasteur) et Jean-Pierre Jouyet (président du Conseil d’Administration de l’Institut Pasteur).


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Premier discours tenu par Alice Dautry. Les lumières s’éteignent, petit film sur François Jacob, les lumières reviennent. Applaudissement. Deuxième discours relayé par François Hollande. Ballet des photographes et des cameramen, vingt minutes s’écoulent. Applaudissement. Visite du centre par le gratin. Les lumières s’éteignent, petit clip sur la recherche des maladies émergentes, les lumières reviennent. Visite du centre par la masse.

Ce nouvel espace de recherche porte le nom de « centre François Jacob » en hommage à ce chercheur qui a reçu le Prix Nobel de Médecine en 1965, avec Jacques Monod et André Lwoff. A eux trois, ils ont ouverts la voie de la biologie moléculaire et assurés une renommée internationale au laboratoire Pasteur. L’objectif du centre est l’identification de n’importe quel virus le plus rapidement possible pour mieux contenir les épidémies.

Queue leu leu de la foule, entrée dans le nouveau centre, couleurs vives, grands espaces. Dessins colorés sans gène sur l’ascenseur, de haut en bas et de bas en haut. Bain de foule de François Hollande, crépitement des smartphones, Twitter et Facebook chauffent. JACOB EN PERSONNE devant le panneau inauguratif ! Attente de je-ne-sais-quoi.

Le centre, qui s’étale sur 15.900 m², réunit environ 400 scientifiques, ingénieurs et techniciens autour d’une mission commune : étudier les risques liés aux nouvelles maladies, d’origine virale, bactérienne ou parasitaire, qui menacent la santé mondiale. Sont concernés le SIDA (syndrome de l’immunodéficience acquise), le chikungunya, le paludisme, la grippe aviaire… mais aussi les cancers d’origine infectieuse (cancers gastriques, du foie, du col de l’utérus), etc. Pour enrayer toutes ces maladies, des équipes pluridisciplinaire se constituent pour mettre en place des approches expérimentales en s’appuyant sur des technologies avancées (imagerie cellulaire et moléculaire) et sur des relations étroites avec d’autres laboratoires étrangères afin de favoriser des échanges de données et d’expériences.


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Présence de grosses boules blanches. Spectacle de sons et lumières, projection d’images sur les boules (portrait de Pasteur et de Jacob, planisphère terrestre…). Diadème blanc sur son front, robe de paillettes blanches et bleues, une chanteuse sur l’escalier, résonance de sa voix sous la voute du centre. Révérence devant François Hollande. Alice Dautry, habillée en blanc, tranche sur la foule noire. Evocation de la mariée ? Début du cocktail.

Les nouvelles maladies infectieuses chez l’humain apparaissent selon trois modes différents d’émergence :

  • Passage d’un virus de l’animal à l’humain en franchissant les barrières de l’espèce et en s’adaptant au nouvel hôte (exemple du SIDA passé du chimpanzé à l’humain).
  • Mutation d’un virus (exemple des virus de la grippe) ou d’une bactérie (par résistance acquise aux antibiotiques comme le staphylocoque doré).
  • Changement de zone géographique (exemple du chikungunya qui s’est déplacé de l’Afrique de l’Est vers l’Océan Indien en 2005 via à des moustiques de genre Aedes).

Rassemblement des invités autour des tables, flutes de champagne, foie gras sur des rondelles de carottes ou de betteraves, lamelles de coquille saint-jacques, mille-feuille de jambon et crème. Discussions, échanges, contacts. Départ du Président de la République. Il est temps de prendre congé moi aussi avant de devenir plus que pompette. En souvenir, cette carte de presse qui m’a été donné à l’entrée. En souvenir, les journalistes me demandant : « que faîtes-vous ? » et leur réaction incrédule devant ma réponse : « Je suis blogueur scientifique ».


[Scan carte de presse]

Ainsi prend fin la soirée d’inauguration. Outre les inévitables discours, les poignées de main et les photos, je fus surpris du spectacle de lumières et de la chanteuse. La machine, bien huilée depuis plusieurs longs mois, s’est déroulée sans bavure. J’espère qu’elle continuera sur sa lancée en trouvant des pistes concrètes pour enrayer et soigner les maladies émergentes, qu’elle saura créer un réseau mondial pour dénicher les menaces potentielles et qu’elle donnera des réels moyens aux chercheurs. J’en profite pour remercier la personne qui m’a invité et qui m’a permis de suivre les discours via l’interprète en LSF (langue des signes française).

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