L’art de la brisure…

Non, je ne vais pas te donner toutes les ficelles sur l’art de se les briser menu. Il y en a déjà assez en ce bas monde comme le dit si bien cet immense acteur qu’était Lino Ventura. D’ailleurs, je ne peux résister à ressortir une de ses répliques culte.

Citation de Lino Ventura dans le film Les Tontons flingueurs
Patricia, mon petit… Je voudrais pas te paraître vieux jeu ni encore moins grossier. L’homme de la Pampa parfois rude reste toujours courtois mais la vérité m’oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les briser menu !

Non, non, il s’agit de brisure de glace. Une marmite chauffait à feu doux quand soudain le couvercle a glissé des mains de ma douce : le verre s’est fracassé en mille petits morceaux. Enfin, je ne les ai pas compté mais y’en avait un paquet, comme des miettes éparpillées. Et la voilà qui me sort sa ritournelle interrogative : dis-moi, pourquoi ça se brise comme ça ?. Aôw, bonne question qui méritait bien ce petit billet.

En cherchant sur le sujet – madoué ! – j’en ai la tête qui tourne devant toutes les propriétés qu’on peut faire acquérir aux vitres : isolants, acoustiques, sûreté et j’en passe. Nous nous intéresserons qu’aux glaces de sécurité qui se caractérisent par leur capacité à se briser d’une telle manière : les verres feuilletés et les verres trempés.

Le verre feuilleté

Il a été conçu au départ pour améliorer la sécurité des pare-brise de voiture. Au nom de la science, donne y un bon coup de marteau sur la titine de ton voisin et tu verras que le verre se fissure en forme d’étoile mais reste en place et ne projette pas de débris.

Tout ça est possible grâce à la présence d’un intercalaire placé entre deux couches de verre. Cet intercalaire est composé de PVB (Poly-Vinyle-Butyral), d’EVA (Ethyle-Vinyle-Acétate) ou de résine. Il se présente sous forme de film ou peut être coulé sous forme liquide entre les deux verres. Il devient ensuite impossible de le dissocier du verre, sous l’action de la pression et de la chaleur lors de la fabrication du verre feuilleté.

Dans tous les cas, c’est la couche intercalaire qui retient les éclats de verre en cas de casse. La vitre reste donc en un seul morceau, réduisant les risques de blessure. Le film de PVB joue également un rôle de filtre ultraviolet (UV), ce qui atténue la décoloration de ce qui se trouve derrière la vitre. Le verre feuilleté peut en outre être assemblé dans un double vitrage pour ajouter isolation thermique et phonique à la sécurité .

L’autre intérêt du verre feuilleté est de pouvoir la scier, couper ou percer après fabrication, ce que ne permet pas le verre trempé. Plus des couches intercalaires (flèches rouges) sont ajoutées, plus il devient difficile de transpercer la glace. En cas d’impact lourd, il se fêlera en étoile alors qu’un verre trempé éclatera en mille morceaux.

Verre feuilleté et ses couches intercalaires

[Source image]

Le verre trempé

Le verre trempé, lui, se casse en petites miettes non coupantes, même au contact de la peau. Il est cependant trois à cinq fois plus résistant par rapport au verre classique et il est peu sensible aux chocs thermiques (supporte une différence de 200°C).

Cette résistance plus grande s’explique par un traitement thermique spécifique. Le verre est chauffé à 700°C environ. Il se ramollit alors, ce qui fait disparaître toutes les tensions. Ensuite, il est rapidement refroidi jusqu’à 300°C environ en deux temps : d’abord les couches extérieures qui se rigidifient (compression) puis les couches intérieures qui se contractent (tension). C’est l’ensemble des forces de compression et de tension qui confèrent les propriétés de résistance mécanique (flexion) et thermique au vitrage trempé.

Verre trempé

[Source image]

Les types de brisure

Si tu n’as rien compris ou si tu as eu la flemme de tout lire en détail, voici un petit topo rapide pour distinguer facilement les verres classique, feuilleté et trempé. C’est pas compliqué, il suffit de donner un bon coup de marteau et d’observer les débris formés.

Types de brisure

[Source image]

Comme le montre l’image ci-dessus, les débris :

  • du verre classique (à gauche) sont de grande taille et tombent en s’éparpillant dans l’espace (gare aux projections !). De plus, ils sont coupants et peuvent blesser facilement.
  • du verre feuilleté (au milieu) restent collé à la couche intercalaire. Les fissures se forment en étoile mais la vitre reste en un seul morceau. Pas de projection donc.
  • du verre trempé (à droite) tombent en mille morceaux, sont de petite taille et restent surtout peu coupants.

Vu que c’était un couvercle, je comprends mieux pourquoi c’était du verre trempé par ses propriétés de résistance thermique et pourquoi il s’est fracassé en miettes. Maintenant, il ne reste plus qu’à chercher un nouveau couvercle, en bon vieux métal cette fois-ci.

2 réflexions au sujet de « L’art de la brisure… »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>